Depuis l'enfance, on apprend tellement à s’adapter qu’à la longue, on ne sait plus toujours très bien qui on est.
On arrive dans un monde qui fonctionne déjà sans nous. Il y a des façons de vivre, de travailler, d’aimer, d’élever ses enfants, de réussir, de penser, d’être avec les autres. On hérite d’une bonne partie avant même d’être en mesure de se demander si tout cela nous convient.
Alors on fait avec. On s’adapte. Et parfois on s’adapte tellement bien qu’on finit par prendre pour nous ce qui, au départ, ne nous appartenait même pas.
C’est là que la connaissance de soi prend tout son sens.
Pas pour devenir une meilleure version de soi-même, ni pour passer sa vie à s’observer le nombril en espérant atteindre un jour un état de conscience supérieur. Se connaître redonne du choix.
Parce qu’une fois que l’on sait davantage qui on est, on peut commencer à distinguer ce qui nous correspond réellement de ce que l’on a intégré au fil de notre vie.
On peut regarder certaines croyances, certaines habitudes, certaines façons de vivre ou d’entrer en relation et se demander simplement : est-ce que cela me convient vraiment ?
On peut garder ce qui nous correspond, remettre en question ce qui ne nous convient plus et, surtout, arrêter de laisser le monde entier décider à notre place.
Cela ne veut pas dire qu’il faudrait se débarrasser de tous nos conditionnements pour devenir enfin une sorte de version parfaitement authentique de nous-mêmes. Nous vivons avec d’autres êtres humains. Nous sommes influencés, nous évoluons et nous nous adaptons en permanence.
L’adaptation fait partie de la vie. Le problème apparaît lorsque, à force de vouloir correspondre à ce qui est attendu de nous, nous finissons par nous perdre de vue.
Se connaître permet justement de retrouver une marge de choix : continuer à s’adapter au monde et aux autres sans pour autant s’oublier. Et ce chemin peut très bien s’arrêter là.
Vous pouvez avoir envie de mieux vous connaître, de créer vos propres repères, de construire une vie qui vous ressemble davantage et ne pas avoir envie d’en faire autre chose. Mais mon regard, lui, va plus loin.
Je me demande ce qui devient possible quand des personnes qui se connaissent vraiment se rencontrent sans avoir besoin de s’effacer au contact des autres.
Parce que revenir à soi ne signifie pas forcément se retirer du monde.
On parle beaucoup aujourd’hui de poser ses limites, de se choisir, de se préserver, de ne plus se sacrifier pour les autres. Et c’est essentiel. On ne peut pas construire des relations saines avec les autres si l’on s’abandonne soi-même au passage.
Mais poser des limites ne veut pas dire construire des murs autour de soi. Se choisir ne veut pas dire choisir de vivre sans les autres.
On vit avec les autres. On en a même besoin. Pour aimer, travailler, créer, transmettre, élever nos enfants… On fait partie d’un collectif, qu’on le veuille ou non.
Et c’est là que je trouve la question intéressante : comment être pleinement soi sans avoir besoin de s’isoler des autres ?
Je peux être différente de vous sans que cela pose forcément un problème. Je peux avoir d’autres besoins, d’autres idées, une autre façon de vivre. On peut même ne pas être d’accord.
Être soi ne veut pas dire ne plus faire de compromis ou ne plus s’adapter. Vivre ensemble nous demande forcément de tenir compte les uns des autres. Mais il y a une différence entre faire une place à l’autre et devoir se réduire pour pouvoir rester avec lui.
Je peux arriver avec ma coloration sans vous demander d’abandonner la vôtre.
Si chacun peut être lui-même sans avoir besoin de rentrer dans un moule pour appartenir au groupe, forcément, ça change aussi notre façon d’être ensemble.
On ne cherche plus seulement à trouver notre place dans un monde qui existe déjà. On peut aussi participer à construire celui dans lequel on a envie de vivre.
C’est là que, pour moi, le retour à soi dépasse la seule question individuelle.
Je peux apprendre à mieux me connaître pour faire des choix qui me correspondent et construire une vie qui me ressemble. Mais je peux aussi apporter cette singularité dans mes relations, dans ma famille, dans mon travail et dans tout ce que je partage avec les autres.
Et si nous sommes capables de faire ça sans demander aux autres de nous ressembler, alors on peut peut-être inventer d’autres façons d’être ensemble, de travailler, de transmettre, d’élever nos enfants et de vivre.
Là, on n’est plus obligé de choisir entre être soi ou être ensemble.
🌸🌿🍃🌼 © Carole GUINET - Habiter le monde autrement 🌼🍃🌿🌸
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